Les Cambier, industriels du textile à Renaix

 

Originaires de Tournai, où on les rencontre dès le XIVe siècle, les Cambier furent seigneurs de La Lozerie, à Escanaffles, et de Le Prée, à Cordes. Ils arrivèrent en 1675 à Renaix, où ils devinrent d'importants industriels.

La filiation remonte à Pierre Cambier, né vers 1370, qui remplaça en 1417 Jacquemart de Saint-Genois comme échevin de Saint-Brice à Tournai. L'aîné de ses quatre enfants, Olivier, né vers 1400, fut fabricant d'armes et échevin de Saint-Jacques. Pierre, fils d'Olivier, Grand Doyen des métiers de Tournai de 1461 à 1483, devint, par son mariage avec Agnès de le Fosse, seigneur de La Lozerie à Escanaffles. Il était en outre seigneur de Le Prée, à Cordes, terre noble tenue de la pairie de Rebaix.

La guerre sévissait alors entre France et Bourgogne. Les ducs de Bourgogne, malgré leurs promesses, traitèrent Tournai en ennemie. Grand doyen, Pierre se rendit avec les députés de Tournai auprès du roi Louis XI afin de lui faire rapport sur le respect de la trêve convenue avec les Bourguignons.

Jehan Cambier, fils de Pierre, fut l'héritier des seigneuries de La Lozerie et de Le Prée. Né à Tournai vers 1445, il succéda à son père en tant que Grand Doyen des métiers. Un claveau de porte aux armes Cambier, vestige de la demeure qu'il fit construire vers 1500, est conservé au Musée d'histoire et d'archéologie de Tournai.

claveau de porte aux armes CAMBIER en pierre de Tournai, ca. 1500 

D'un premier lit avec Marguerite du Fresne, il eut un fils, Maître Jean. Sa seconde épouse, Jehenne Cuvelier, lui donna deux autres enfants, Pierre et Barbette. En tant qu'aîné, Maître Jean devint à son tour seigneur de La Lozerie et de lui descendent les Cambier de Renaix. Pierre devint pour sa part seigneur de Le Prée et fut l'auteur des Cambier restés tournaisiens, donnant lieu aux Cambier de Hautbonnier, dont un rameau s'est fixé à Anvers dès 1682.

La branche des Cambier restés Tournaisiens comptait parmi ses membres Michel-Dominique Cambier, membre du magistrat de Tournai de 1689 à 1694, conseiller du Roi au Parlement de Tournai, dès 1696 contrôleur héréditaire du Trésorier des Etats de Tournai, puis, dès 1707, trésorier général desdits Etats. C'est lui qui fit enregistrer en 1696 les armes Cambier par d'Hozier dans l'Armorial Général de France.

Seuls les Cambier renaisiens subsistent aujourd'hui, mais la branche cadette anversoire compte de nombreux descendants en ligne fénimine, notamment dans les familles le Grelle et de Terwangne.

Un faux roi d'Angleterre

Une curieuse affaire qui fait grand bruit en Europe vient animer l'histoire de la famille Cambier en cette fin du quinzième siècle.

Maître Jean Cambier (fils de Jehan Cambier et de Marguerite du Fresne) avait épousé Jehanne, fille de Jean Werbecque et de Nicaise Faroul, de Tournai. Jehanne était la soeur de Pierre Werbecque (1474-1499), dont l'allure était princière et qui dès lors n'hésita pas à se faire passer pour le défunt duc d'York, Richard, fils puîné du roi d'Angleterre Edouard IV, mort en 1483. Mais l'histoire ne fait que commencer.

Pierre Werbecque (Tournai 1474 - Tyburn 1499)

Pierre Werbecque débarque un jour dans le port de Cork, en Irlande, et les notables locaux reconnaissent en lui Richard d'York, qui avait été assassiné comme son frère aîné Edouard V en 1483 sur ordre de leur oncle Richard III, frère cadet d'Edouard IV. Richard III souhaitait se débarasser de ses neveux afin de ceindre la couronne d'Angleterre, mais ne profita pas longtemes de ses meurtres. Il fut lui-même battu deux ans plus tard par Henri Tudor, le futur Henri VII, lors de la bataille de Bosworth. C'est lui qui inspira à Shakespeare son Richard III où l'on voit le roi d'Angleterre combattre à pied et lançant son exclamantion fameuse :                 "Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval !".

Pierre Werbecque ou Perkin Warbeck

La montée d'Henri VII sur le trône d'Angleterre ne plaisait pas à tous le monde et voilà que le jeune duc d'York, présumé mort, faisait réapparition ! Soutenu par lesCours d'Europe, Pierre Werbecque fut reçu de manière somptueuse par Charles VIII, roi de France, qui lui affecta le château d'Amboise comme résidence. Il reçut aussi le soutien inconditionnel de la duchesse Maguerite de Bourgogne, veuve de Charles le Téméraire, de Maximilien d'Autriche et de Jacques IV, roi d'Ecosse, qui maria "son cousin Richard" à Catherine Gordon, fille du comte de Huntley et arrière-petite-fille du roi d'Ecosse Jacques Ier. Pierre Werbecque est aussi devenu le rival d'Henri VII. Il succède à celui dont il prétend être le fils, Edouard IV, comme roi de France et d'Angleterre, en vain. Après un séjour forcé à Westminster, une évasion, un emprisonnement à la Tour de Londres et une nouvelle évasion, il fut finalement pendu à Tyburn, près de Londres, à la fin de l'année 1499.

Députés

C'est en raison des troubles religieux que, vers 1559, François Cambier, neveu de Pierre Werbecque, quitta Tournai pour s'installer sur ses terres à Escanaffles où les Cambier, hommes de fief du Hainaut, furent échevins durant plusieurs générations. En 1675, Maître François Cambier, arrière-petit-fils du précédent, épousa à Renaix Catherine van Coppenolle. Ce François Cambier exerça diverses fonctions au service du chapitre de Saint-Hermès et des paroisses de Renaix durant plus de cinquante ans. Il avait été nommé homme de fief du Hainaut en 1660 comme fils de Pierre, natif d'Escanaffles. En 1681, on le trouve d'ailleurs encore à Escanaffles comme mayeur de la seigneurie et comté de Grand-Breucq.

Marie-Colette van den Abeele (1778-1858) et Jean-Joseph Cambier (1764-1826)

Louis Cambier (1696-1763), un des onze enfants de François, fut négociant en toiles à Renaix. Il épousa en 1724 la fille d'un échevin de Renaix, Anne-Christine Colbrant, qui lui donna treize enfants dont cinq fils, tous négociants en toiles comme leur père et qui eurent une nombreuse descendance.

L'un des fils, Martin-Emmanuel (1742-1814), fut la souche des Cambier athois, importants industriels. Leur ébénisterie d'Ath donnait au début de ce siècle du travail à quelque 800 ouvriers et celle de Bairlemont, en France, à 300 ouvriers. A cette branche se rattache Ernets Cambier, qui diriga les deux premières campagnes anti-esclavagistes au service de l'Etat indépendant du Congo, et Léon Cambier, député catholique d'Ath de 1894 à 1898 et de 1900 à 1904. Léon Cambier siégea à la Chambre en même temps que son cousin Félix Cambier, descendant de Jean-Louis (frère ainé de Martin-Emmanuel). Félix Cambier fut en effet député libéral de Gand de 1900 à 1908; il fut en outre échevin de Gand.

C'est également à la descendance de Jean-Louis Cambier qu'appartenait David Cambier (Renaix 1809-1896). De son épouse, Mélanie van der Eecken, il eut neuf enfants. Trois de des fils, Vital, Cyr et Léon, furent propriétaires d'usines textiles.

Edouard Cambier (1818-1912), frère de David

de gauche à droite, debout : Omer, Victor, Marie, Léon et Octave

et assis : Arsène, Vital, Félix et Cyr, enfants de David Cambier

Vital est le bisaïeul de Jacques Cambier, actuel chef de famille. Cyr fut échevin de Renaix et bourgmestre f.f. durant une partie de la première guerre mondiale. De lui descendait notamment Cyr Cambier (1913-1988), avocat, doyen de la faculté de droit de l'UCL. Léon fut conseiller provincial. On peut également citer Félix, échevin de Renaix, et Arsène qui, comme son frère Félix, fut négociant textile.

Chistophe de Fossa